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Astronomie, informatique, reflexions diverses

Portraits d'astronomes

Quelques unes des femmes qui ont contribué à notre compréhension de l'univers

Lecture de 7 Minutes

Calculatrices supervisées par Pickering et Fleming vers 1891.

À l’occasion du camp d’été d’astronomie à Barret-sur-Méouge, et en complément d’une conférence sur la mixité dans la recherche en astrophysique, j’ai fait une série de mini-posters sur des femmes astronomes (version imprimable ici).

L’idée pour cette série de mini-posters vient du fait qu’on connaît assez peu (voir pas du tout) de femmes scientifiques, mis à part Marie Curie. Et on ne parle pas assez d’autres femmes scientifiques, qui ont pourtant eu des contributions significatives à la science, comme le souligne ce strip d’XKCD.

Voici une sélection non-exhaustive et tout à fait arbitraire de femmes ayant contribué à notre compréhension de l’univers.

Wanda Díaz-Merced

Une supernova.

Wanda Díaz-Merced a perdu la vue quand elle avait la vingtaine, alors qu’elle étudiait les explosions de supernovas. Elle a développé une méthode de sonification pour convertir des données astronomiques en son. Ces bandes audio lui ont permis de comprendre les mécanismes physiques impliqués et la composition des gaz éjectés par les supernovas.

Jocelyn Bell Burnell (1943–…)

Jocelyn Bell Burnell en 1967. Données montrant le signal émis par le premier pulsar à être découvert.

Jocelyn Bell a co-découvert le premier pulsar en 1967, en analysant les données d’un radio télescope, le Interplanetary Scintillation Array.

En 1974, son directeur de thèse, Antony Hewish, a reçu le prix Nobel en physique pour cette découverte.

Émilie du Châtelet (1706–1749)

Portrait d'Émilie du Châtelet par Latour. Première de couverture des Principia Mathematica de Newton.

Défenseuse d’une éducation pour les femmes comparable à celle des hommes, la marquise du Châtelet a également mis en œuvre un protocole expérimental pour démontrer que l’énergie cinétique dépend de la vitesse au carré.

Elle est connue pour avoir traduit les Principia Mathematica de Newton en français, en y ajoutant des commentaires et des démonstrations.

Cecilia Payne-Gaposchkin (1900–1979)

Distribution des étoiles de type O dans notre Galaxie.

Cecilia Payne a étudié l’astrophysique à Harvard, mais c’est un institut affilié qui lui a délivré son doctorat en 1925. Les femmes n’ont eu le droit d’obtenir un diplôme de Harvard qu’en 1977.

Son rapporteur de thèse a tenté de la dissuader de conclure que l’atmosphère solaire était principalement composée d’hydrogène, puisque cela allait à l’encontre du consensus scientifique de l’époque. Quatre ans plus tard, il est arrivé à la même conclusion qu’elle par un autre moyen. Depuis, il est souvent cité pour cette découverte.

Ses contributions à l’astronomie sont nombreuse : découverte de la composition de l’atmosphère du Soleil, cartographie de la Voie Lactée, étude des étoiles variables…

Chanda Prescod-Weinstein

Chanda Prescod-Weinstein étudie les premiers moments de l’univers et cherche à déterminer la nature de la matière noire.

À la fois physicienne théorique et théoricienne féministe, cette cosmologiste milite activement pour améliorer la mixité dans le domaine de la recherche et rendre ce domaine plus inclusif pour les minorités et les femmes.

Annie Jump Cannon (1863–1941)

Annie Cannon Les classes d'étoiles, de O avec des grosses étoiles bleues à M avec des petites étoiles rouges.

Annie Cannon était une des calculatrices (des femmes peu payées pour regarder des plaques photographiques et y relever les étoiles variables) à Harvard vers 1875.

Elle a établi le système de classification des étoiles (O, B, A, F, G, K, M) que nous utilisons encore aujourd’hui.

Vera Rubin (1928–2016)

Vera Rubin Galaxies NGC 4038 et NGC 4039

Elle a obtenu sa thèse de doctorat sur la rotation des galaxies à temps partiel, pendant qu’elle élevait ses enfants. Elle a notamment démontré que les galaxies contiennent cinq fois plus de matière noire que de matière ordinaire. Ce n’est pas la première à avoir évoqué l’idée de matière noire, mais c’est la première à l’avoir montrée de façon convaincante. Cette découverte est fondamentale dans notre compréhension moderne du cosmos.

Elle a également découvert que NGC 4038 et NGC 4039 sont deux galaxies qui tournent l’une autour de l’autre.

Lors d’un rendez-vous avec George Gamow, elle a du rester dans le hall d’entrée du laboratoire car les femmes n’étaient pas autorisées à l’intérieur.

Henrietta Swan Leavitt (1868–1921)

Henrietta Leavitt à son bureau. Figure montrant la corrélation entre luminosité et période pour les Céphéides.

Henrietta Leavitt a découvert la corrélation entre la luminosité et la période des étoiles variables de types Céphéides. Grâce à cette découverte, il a été possible pour la première fois de déterminer la distance des galaxies.

Un cratère lunaire porte son nom pour honorer les astronomes sourds.

Le cratère Leavitt, à la surface de la Lune.

Annie S. D. Maunder (1868–1947)

Annie Maunder à gauche qui fait des observations télescopiques du Soleil. À droite, des taches solaires, et l'évolution du nombre de taches solaires au cours du temps.

Annie Maunder a étudié la surface du Soleil et a suivi le mouvement des taches solaires pour comprendre le fonctionnement interne du Soleil.

Elle a dû démissionner de son poste à cause de l’interdiction pour les femmes mariées de travailler dans le service publique. Elle a cependant continué de travailler en collaboration avec son mari astronome.

Nadine G. Barlow (1958–2020)

Au cours de sa thèse de doctorat, elle a recensé et cartographié tous les cratères martiens de plus de 8 kilomètres de diamètre avec les images de la sonde Viking. Ce travail lui a permis d’établir les âges relatifs des différentes régions de la planète rouge.

Helen Sawyer Hogg (1909–1993)

Un amas globulaire.

Helen Sawyer Hogg est une des pionnières de l’étude des amas globulaires. Au début de sa carrière, ne pouvant pas se faire embaucher, elle a dû travailler comme assistante bénévole de son mari astronome.

Elle a également fait beaucoup de vulgarisation et a milité pour que les filles puissent recevoir une éducation scientifique, à une époque où beaucoup d’universités prestigieuses refusaient les femmes.

Nergis Mavalvala (1968–…)

Première observation d'ondes gravitationnelles.

Mavalvala est connue pour son implication dans la première observation d’ondes gravitationnelles. Elle a profité de sa notoriété au Pakistan, son pays d’origine, pour y promouvoir les droits des personnes LGBT.

Antonia Maury (1866–1952)

Après avoir refusé de continuer de travailler comme « Harvard Computer » si son travail n’était pas reconnu, elle a publié un catalogue d’étoiles variables, le premier à porter le nom d’une femme sur la couverture.

C’est la première personne à avoir observé et calculé l’orbite d’une étoile binaire spectroscopique.

Margaret Burbidge (1919–2020)

Processus de nucléosynthèse. Lieu de formation des éléments atomiques.

Elle a eu un rôle primordial dans la découverte de la nucléosynthèse stellaire, c’est-à-dire la façon dont les éléments sont formés à l’intérieur des étoiles.

On lui a refusé une bourse pour poursuivre ses recherches, car pour réaliser ses recherches, elle aurait eu besoin de faire des observations au Mont Wilson. Or cet observatoire était interdit aux femmes à l’époque.

Elle a milité pour l’égalité femmes-hommes en astrophysique, notamment au cours de sa présidence de la société américaine d’astrophysique. C’est d’ailleurs la première femme à avoir tenu ce rôle.

Elizabeth Williams (1879–1981)

Elizabeth Williams. Pluton.

Une des premières femmes à obtenir un doctorat en physique au MIT. Elizabeth Williams a effectué les calculs nécessaires à la découverte de Pluton par Clyde Tombaugh. Lorsqu’elle s’est mariée, elle a été virée car les bonnes mœurs de l’époque voulaient qu’une femme mariée n’ait pas d’emploi.

Caroline Herschel (1750–1848)

Elle a découvert de nombreuses comètes et nébuleuses. C’est la première femme a avoir été rémunérée pour son travail scientifique. Mais lorsqu’elle a publié un catalogue de nébuleuses (le New General Catalog), il est paru sous le nom de son frère, William Herschel.

C’est également la première personne à tenter de représenter notre Galaxie telle que la verrait un observateur externe, à partir des catalogue d’étoiles qu’elle avait dressé.

Nancy Grace Roman (1925–2018)

Nancy Roman devant une maquette de télescope spatial.

Cheffe des programmes astronomiques pendant vingt ans, Nancy Roman est la première femme a avoir eu un poste de direction à la NASA. Elle a été une des personnes motrices pour le déploiement de télescopes spatiaux tels que Hubble.

Lorsqu’elle était au lycée, on a essayé de la dissuader d’étudier les mathématiques, sous prétexte que ce n’est pas une discipline pour les femmes.

Anonyme

Nébuleuse du Crabe

Au cours d’une soirée d’observation grand public en 1957, une dame qui se trouvait être pilote de chasse a demandé à l’astronome en charge de la visite la nature de l’astre clignotant au centre de la Nébuleuse du Crabe.

L’astronome a balayé sa question du revers de la main en expliquant que toutes les étoiles scintillent, et ce en dépit de l’insistance de la dame qui expliquait que ce clignotement ne ressemblait pas au scintillement qu’elle avait l’habitude de voir lorsqu’elle volait de nuit.

En 1967, un pulsar a été découvert à cette endroit. Ce pulsar est effectiement visible avec un télescope par les personnes avec une bonne acuité visuelle.

Le mot de la fin

Il y a, bien sûr, ces femmes sont loin d’être les seules à avoir contribué de façon significative à l’astrophysique : Sandra M. Faber, Helen Dodson Prince, Margherita Hack, Nicole-Reine Lepaute, Margaret Harwood, Carolyn Shoemaker, Françoise Combes, Elisabeth Hevelius, et bien d’autres encore.

Pour conclure, je vous propose un lien vers une petite BD sur l’importance d’avoir des gens à qui on peut s’identifier.

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Docteur, astrophysicienne. Je joue de l'euphonium, du clavier et du télescope quand je peux.